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GRAND DOSSIER LES PSYCHOTHÉRAPIES


Guide et bilan critique. Qui choisir entre un psychiatre, un psychanalyste, un psychologue ou un psychothérapeute ? Est-ce que ce sera long ? Cher ? Éprouvant ? Efficace? Certaines techniques sont-elles dépassées ? Peut-on devenir dépendant de son psy, se faire manipuler 

Ce guide entend répondre à ces questions concrètes, mais aussi présenter les débats actuels concernant les psys, leurs méthodes, leur évaluation...

DOSSIER 1 : HISTOIRE DES PSYCHOTHÉRAPIES


Par Sciences Humaines Grands Dossiers N° 15 - juin-juillet-août 2009 Les psychothérapies

PSY EN MOUVEMENT
n° 02062009

Chacun cherche son psy

8 % des Français adultes suivent ou ont suivi une psychothérapie. La demande de prise en charge du mal-être est un phénomène réel. Souvent, envisager de consulter un « psy » n’est pourtant pas synonyme de réconfort et d’espérance, mais d’anxiété légitime. Qui choisir entre un psychiatre, un psychanalyste, un psychologue ou un psychothérapeute ? Est-ce que ce sera long , Cher ? Éprouvant ? Efficace à coup sûr ? Certaines techniques sont-elles dépassées ? Peut-on devenir dépendant de son psy, se faire manipuler  ?

Ce guide entend répondre à ces questions concrètes, mais aussi présenter les débats actuels liés par exemple à l’évaluation des diverses thérapies, au statut et à la formation des thérapeutes, aux avantages (ou non) par rapport aux traitements médicamenteux…

Par ailleurs, nous vous proposons un tour d’horizon de quelques-unes des approches les plus sérieuses, présentées par des spécialistes reconnus auxquels nous avons laissé carte blanche, sans exclusive. Le lecteur sera ainsi en mesure d’apprécier avec quelles orientations il se sentira le plus d’affinités. Mais beaucoup de nos contributeurs s’accordent sur un point essentiel : quelle que soit l’inclination que nous pouvons ressentir d’emblée pour telle ou telle méthode, c’est bien la personnalité du thérapeute – son empathie, son humanité – qui constitue le moteur essentiel de la prise en charge. Si l’alchimie ne prend pas, les chances de succès seront fort limitées. Une psychothérapie, dans l’idéal, est donc un lieu de rencontre avec un interlocuteur bienveillant qui aide à se réconcilier avec soi-même, et à prendre conscience de ses ressources personnelles… pour devenir son propre thérapeute, et se passer des psys !

 
Dossier 1 : Histoire des psychothérapies


Par Vincent Barras et Catherine Fussinger


Le mot psychothérapie, littéralement « soin des âmes », est apparu voici un siècle et demi. Il a toujours désigné des pratiques très diverses, évoluant au fil des théories et des époques.

Il est d’usage d’affirmer que l’idée même de « psychothérapie » remonte à la nuit des temps. Pour autant le terme est récent, et a désigné des théories et pratiques très variées. La première utilisation du mot « psychothérapie » date de 1872, sous la plume de l’aliéniste britannique Daniel Hack Tuke (1827-1895). Dans Illustrations of the Influence of the Mind upon the Body in Health and Disease (Illustrations de l’influence de l’esprit sur le corps dans la santé et la maladie), il plaide pour une étude scientifique du pouvoir thérapeutique de « l’imagination », que les médecins, selon lui, connaissent et utilisent depuis longtemps. De fait, tout en innovant sur le plan linguistique, l’aliéniste se relie à une histoire médicale remontant à la deuxième moitié du XVIIIe siècle : celle de la prise en charge de l’aliénation mentale sous la forme du « traitement moral », et du constat des effets de l’esprit sur le corps. Souvent vu comme l’une des origines de la psychothérapie, ce traitement moral désigne une prise en charge par les vertus de la parole persuasive plutôt que par la contention. Toutefois, dans la réalité, le rapport entre nombre de soignants et de soignés limite sa mise en œuvre au cours du XIXe siècle.
Les états de conscience modifiés
Parallèlement au traitement moral, le médecin allemand Franz-Anton Mesmer (1734-1815) prône les effets d’un fluide mystérieux supposément contenu dans l’être vivant et dotant ce dernier d’une force thérapeutique spécifique, le « magnétisme animal ». Bien que cette théorie soit contestée dès ses débuts, nombreux sont ceux qui se passionnent pour les effets déclenchés par les adeptes de F.-A. Mesmer au sein de leur clientèle (convulsions, guérisons spontanées, crises hystériques…). Apparues au cours du XIXe siècle, les notions d’hypnose et de suggestion réinterprètent ce magnétisme mesmérien en termes d’états de conscience modifiés. Pour le médecin nancéen Hippolyte Bernheim (1840-1919) par exemple, il s’agit d’un état physiologique proche du sommeil, que le thérapeute averti manipule afin de traiter toute une série d’états psychologiques et physiques, réalisant par là une « psychothérapie ».

Si la psychothérapie se confond un temps avec la pratique de l’hypnose et de la suggestion, d’autres formes, présentées comme rationnelles, lui sont rapidement opposées, tant et si bien qu’on peut parler autour de 1900 d’une querelle entre « médecins-hypnotiseurs » et « médecins-raisonneurs ». Ces divergences n’entravent nullement la diffusion de la psychothérapie dans l’Europe entière et en Amérique du Nord, un succès qui doit sans doute beaucoup à la diversité des procédures mises en œuvre. Apparaissent des revues spécialisées et des sociétés savantes, et la psychothérapie figure régulièrement aux côtés des traitements somatiques dans l’offre des cliniques privées destinées aux « nerveux » issus des classes aisées. 

L’effritement de la psychanalyse

Alors que le traitement moral des origines s’adressait aux aliénés, la psychothérapie est envisagée avant tout comme un moyen curatif adapté aux malades nerveux autour de 1900. De même, la psychanalyse est longtemps considérée comme un traitement adapté aux seuls névrosés. Dès le début du XXe siècle, la notion de psychothérapie coexiste en effet avec celle de psychanalyse. Les deux termes et les pratiques qu’ils recouvrent demeurent en partie liés. Ainsi, des années 1950 aux années 1970, au moment même où la psychanalyse jouit d’un statut de référence forte au sein de la psychiatrie, la psychothérapie renvoie le plus souvent à une pratique dite d’inspiration psychanalytique. 

Dans les années 1970, on assiste cependant à un effritement de l’hégémonie de la référence psychanalytique et du monopole médical sur l’exercice de la psychothérapie. Les étapes de cette évolution sont les suivantes :

• À partir des années 1970, de nouveaux courants psychothérapeutiques, comme la théorie systémique ou la thérapie cognitivo-comportementale, établissent leur légitimité au sein de la psychiatrie.

• Avec le foisonnement de nouvelles approches dites du « potentiel humain » (qui se situent pour l’essentiel en dehors du champ de la santé mentale), la notion de développement personnel tend à se substituer à celle de traitement psychothérapeutique. L’idée qu’il n’est pas nécessaire d’être « malade » pour entreprendre une psychothérapie, déjà présente dans la psychanalyse, gagne ainsi en audience. De plus, le savoir psychopathologique des médecins et des psychologues cesse d’apparaître comme une base indispensable à l’exercice de la psychothérapie.

• Les psychologues cliniciens, profession apparue dans l’immédiat après-guerre, revendiquent avec un succès croissant le droit de pratiquer la psychothérapie de manière autonome. Parallèlement, d’autres professionnels, universitaires ou non, s’organisent dès les années 1980 pour réclamer de tels droits dans le cadre d’associations de psychothérapeutes.

• La diversification des courants psychothérapeutiques, comme des professionnels jugés aptes à les mettre en œuvre, se voit reconnue dans les réglementations adoptées à partir de la fin des années 1980 dans nombre d’États européens. Si le principe est acquis, les critères de reconnaissance suscitent en revanche de vives controverses. Or, ces débats se déroulent aujourd’hui dans un contexte où les règles en vigueur dans le champ de la santé se trouvent profondément modifiées, d’une part avec la légitimité de la « médecine centrée sur la preuve » (évaluation de l’efficacité), d’autre part avec les exigences du « new public management » (qualité, normalisation, économicité). Ainsi, à l’avenir comme par le passé, la psychothérapie se voit conditionnée par les normes de son temps.

Pour en savoir plus

• Les Psychothérapies dans leurs histoires
Jacqueline Carroy (dir.), L’Harmattan, 2000.
• Dialogue avec l’insensé
Gladys Swain, Gallimard, 1994.
• Histoire de la découverte de l’inconscient
Henri Ellenberg, 1974, rééd. Fayard, 2001.
• La Gestion des risques. De l’antipsychiatrie à l’après-psychanalyse
Robert Castel, 1981, rééd. Minuit, 2003

Vincent Barras et Catherine Fussinger

V. Barras est professeur à l’université de Lausanne, directeur de l’Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique. C. Fussinger est responsable de recherche dans le même institut. Tous deux ont dirigé La Psychothérapie comme pratique professionnelle au XXe siècle. Pour une histoire croisée , BHMS, à paraître (2009).

Santé mentale et neuroleptiques

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs facteurs concourent à établir la psychothérapie à la place qui est la sienne aujourd’hui dans la société occidentale. Par exemple, en augmentant le nombre de professionnels en activité dans ce que l’OMS désigne, dès 1948, comme le champ de la « santé mentale », le développement de l’État social établit les conditions permettant une individualisation des prises en charge. Quant à la découverte des neuroleptiques au début des années 1950, elle permet d’envisager un suivi psychothérapeutique des malades psychotiques qui ne se limite pas à des expériences d’avant-garde. Ces deux éléments ont joué un rôle important dans l’expansion et la démocratisation qu’a connue la psychothérapie ces cinquante dernières années.
Vincent Barras et Catherine Fussinger

La psychoanalyse

C’est en 1896 que Sigmund Freud (1856-1939) utilise ce terme pour la première fois, et en français. Sa diffusion s’accroît suite à la création, en 1910, de l’Association 
psychanalytique internationale. En optant pour un nouveau mot, Freud cherche à distinguer clairement son approche des autres pratiques en vigueur. Mais lui et ses proches entendent également exercer un contrôle serré
 sur l’usage du terme « psychanalyse » : très vite, seuls les membres des sociétés de psychanalyse reconnues ont le droit 
de se dire psychanalystes, et dès le milieu des années 1920, leur formation se voit codifiée.
Vincent Barras et Catherine Fussinger